Numérique : des places à prendre pour les femmes

Grenoble Ecole de management organise le 1er décembre prochain la quatrième édition du Gem digital Day qui consacrera une table ronde aux « Femmes dans le numérique et dans l’entrepreneuriat numérique ». Le digital souffre malheureusement d’un déficit d’image pour séduire davantage les femmes.


En France, selon une enquête du Syntec Numérique, les femmes représentent 28% des adhérents au 1er syndicat professionnel de l’écosystème numérique français, contre 48 % dans la population active. Comme dans d’autres secteurs, elles se heurtent au « plafond de verre » qui les empêchent d’atteindre des postes de direction. Elles sont en effet 34 % chez les employés et techniciens, 25 % aux postes d’ingénieurs, consultants et cadres, et 19 % aux fonctions de cadres dirigeants.

Mais la spécificité du digital s’illustre par le fait que les femmes sont quasiment absentes aux échelons inférieurs, comme supérieurs. Et lorsqu’elles intègrent l’univers numérique, on les trouve en majorité dans les fonctions ressources humaines, communication, marketing et très peu dans les métiers technologiques et la création d’entreprises innovantes.

Un manque de filles dans les formations

La formation reste une des explications à ce phénomène. « L’EMSI propose des formations initiales et continues destinées à la fois aux managers et aux ingénieurs. Notre vocation est de former des individus polyvalents capables de mener des projets numériques qui réclament la plupart du temps d’être un mouton à cinq pattes. Or, nous rencontrons des difficultés à recruter des femmes, malgré une demande forte de parité de la part des entreprises », souligne Aurore Besson, directrice adjointe de l’EMSI (Ecole de Management des systèmes d’Information de GEM).

L’informaticien conserve une image de geek et le numérique celle d’un univers masculin et trop scientifique alors que tous les métiers dans le numérique ne nécessitent pas un cursus scientifique. Un chiffre est de ce point de vue révélateur : si les filles sont aussi nombreuses que les garçons à décrocher un bac scientifique, elles ne sont ensuite que 30 % à intégrer les classes préparatoires scientifiques et 27,8 % les écoles d’ingénieurs et elles ne sont souvent pas plus de 10% dans les écoles d’informatique.

Des femmes pourtant attendues

Résultats, la France manque de femmes ingénieur ou développeur. « Nous sommes dans une situation aberrante où non seulement les besoins existent, mais la réalité ne correspond pas aux clichés. Le numérique bouleverse tous métiers des entreprises, les besoins en compétences sont énormes. Pourquoi se priver de celles des femmes qui apporteraient une vision complémentaire aux changements en cours », insiste Aurore Besson. Symbole fort : l’EMSI était partenaire du dernier Trophée Excellencia, qui a pour objectif d'inciter les jeunes femmes à s'orienter vers le numérique. Sur 10 établissements partenaires, l’EMSI était le seul à ne pas être une école d’ingénieurs !

Aurore Besson conclut : « Il faudrait donner des modèles aux jeunes filles dès le collège car une fois le bac en poche c’est déjà presque trop tard, les jeunes filles ont fait leur choix de parcours. Et continuer à mettre en avant de jeunes entrepreneuses, inciter les femmes à oser là où elles remettent parfois leur légitimité en doute. »

3 questions à Fabienne Billat, responsable de Femmes du Numérique à Lyon.  @fadouce

Il n'y a que 28% de femmes dans les métiers du numérique, selon le Syntec Numérique. Comment expliquez-vous cette sous-représentation ?

Les jeunes filles réussissent pourtant dans les cursus scientifiques jusqu'en en terminale. Ensuite cela se complique, elles n'intègrent pas les écoles d'ingénieurs. Elles représentent 8% à 17% des effectifs des écoles d’ingénieurs (alors que le taux de réussite des jeunes filles au Bac S est de 91%). Et leur sous-représentation donne une mauvaise  visibilité, peu d'informations, qui permettraient de mieux cibler les initiatives nécessaires.

Cela s’explique par plusieurs facteurs. Ce domaine technologique est perçu comme peu attrayant, et s’il est investi à 90% par de jeunes hommes durant les études supérieures, on comprend que les minorités ne s'y sentent pas à l'aise. Les métiers apparaissent aussi comme complexes.

Les Femmes du Numérique orientent des études aujourd'hui dans ce sens, pour mieux cerner ce qui relève des ressentis des jeunes femmes, ce qui permettrait d'expliquer leurs réticences. 

Comment attirer plus de femmes dans l'univers du digital et y a-t-il des manques dans certains métiers ? 

C'est un travail de communication, d'information, pour une meilleure connaissance. Nous dirigeons aussi nos actions avec des parrainages d'étudiantes, ou d'entrepreneuses numériques. Le retour d'expérience et l'accompagnement sont aussi des axes à poursuivre, concrets.

Afin d'étendre encore l'information, et d'encourager les initiatives, nous travaillons en partenariat avec le ministère de l'Education, des Droits des femmes, etc.. et les associations sur le terrain.

En quoi le numérique représente t-il une opportunité pour les femmes et inversement ? 

Le secteur numérique est en forte croissance et contribuait à hauteur de 5,5% du PIB français en 2014. L'offre en matière d'emplois est très large, de la «Production» de matériels à celui des Services, dans les domaines de la santé à l'automobile, la vente, les jeux vidéos etc !
Pour la partie communication digitale, RP, RH digitales et marketing digital, ce sont des domaines plus accessibles, qui permettent aussi aux jeunes femmes avec des parcours plus chaotiques, d'intégrer facilement des secteurs nouveaux et très valorisés.

Le milieu du numérique est particulièrement accueillant pour les femmes en top management: 2 fois plus de femmes dirigeantes comparativement au reste de l’économie. Et les salaires, sont attractifs. La possibilité d'un parcours évolutif rapidement, avec 69 % de cadres, contre 16 % pour l’ensemble de l’économie. 
Comme en tout domaine, c'est un équilibre, et la mixité en est un exemple, qui enrichit les écosystèmes. C'est aussi aux hommes d'accueillir les femmes dans ces domaines, et l'avancée se fera, ensemble !