Managers : l’improvisation a du bon

L’improvisation en entreprise fait la part belle à l’individualité, sa part de liberté et à sa force de créativité, d’inventivité… au service de l’innovation. Encore faut-il savoir improviser dans un cadre contraint : l’entreprise, et son environnement hyper concurrentiel. 


« Improviser revient à créer quelque chose dans l’instant. En ce sens, nous sommes tous de grands improvisateurs dans nos vies privées » ! lance Marc Prunier, responsable du Laboratoire d’innovation pédagogique « PeriScope » de Grenoble Ecole de Management (GEM), et professeur en management des systèmes d’Information et ingénierie du service.

En effet, qui n’a su gérer, in extremis et de main de maître, un impondérable avec les enfants, un problème de mobilité, ou bien encore, des tracas administratifs, parfois kafkaïens…Et pourtant, l’improvisation a mauvaise presse sous nos cieux. Sortant de notre cadre et de nos références culturelles, elle est synonyme de facilité et d’amateurisme». Alors qu’il n’en est rien !

Muscler sa capacité d’improvisation

« Nous sommes trop peu à l’écoute des choses artistiques, alors qu’elles sont riches d’enseignements pour les managers ! soutient Marc Prunier. Ainsi, plutôt que de brider son potentiel d’improvisation, source d’innovation managériale, inspirons-nous d’un jazz band ! ».

C’est l’ambition de « l’Ecole de l’improvisation » à Grenoble Ecole de Management, qui, adossée au Laboratoire PeriScope devrait ouvrir la voie, dès 2017, aux transferts d’expériences et aux pratiques transverses entre les mondes de l’entreprise et artistique.

Du 9 au 13 mai 2016, les bases d’une première résidence d’artiste à Grenoble Ecole de Management ont été posées. L’initiative a réuni le groupe Hardis, SS2I grenobloise, les étudiants des programmes Majélan - SNCF et de l’ESCA de Casablanca, aux côtés de Mohamed Rachdi, artiste, critique d’art, commissaire d’exposition et ex-universitaire, ainsi que Rachid Rafik, artiste créateur de la résidence d’artiste Dar Zagora, à proximité de Marrakech.
Dant une semaine, managers, étudiants et collaborateurs ont travaillé autour de thématiques-clés : quel est « the artist way at work » ? Comment bénéficier en entreprise de cette liberté artistique ? Et, que peuvent apprendre les entreprises aux artistes, et réciproquement ?
Ce travail collaboratif novateur à GEM, autour de l’improvisation, a été conduit à l’initiative de Marie-France Lefèvre, enseignante, consultante formatrice en management à GEM, et responsable de programmes marketing Exec en France et au Maroc.

Le jazz et les musiques du monde se jouent de l’improvisation !

Paradoxalement, beaucoup d’entreprises en quête de réactivité déploient d’importants efforts pour s’assurer, précisément, que leurs collaborateurs n’improvisent pas… « J’ai coutume d’établir le parallèle entre un orchestre symphonique, très normé, métaphore des grandes organisations occidentales, et un jazz band – une petite formation agile, qui, par essence, laisse libre court à l’inspiration du moment, à la créativité… via l’improvisation », souligne Marc Prunier.

Aussi, pourquoi les entreprises se priveraient-elles de cette part de liberté et de créativité individuelle, qui serait mise au profit de l’autonomie et de la performance, comme dans de petites unités maniables, ou start-up, pilotées en mode projet ? Car, tout l’enjeu de l’art d’improviser est là : comment déceler de nouvelles sources de créativité et d’inventivité, et les déployer au service de l’organisation ?

« L’intra-preneuriat, c’est cela : une composition de l’instant, qui ouvre la voie à des marges de manœuvre plus amples, en favorisant le « scrum » (la mêlée), pour aboutir à l’innovation ! » résume Marc Prunier.

Trois grands piliers

Tout travail d’improvisation s’appuie d’abord sur la conversation. « Un manager ne doit pas imposer, mais proposer, relève Marc Prunier. Car, comme le soulignait le philosophe Gilles Deleuze : « Le trajet ne préexiste pas au voyage. ».

Et, l’écoute induit aussi la prise de risques : à ce jeu, à l’instar du jazz band, on ne parle pas de productivité à tous les coups ! » L’improvisation relève ensuite de l’éloquence. « Mais je ne suis éloquent que si j’ai confiance, suis authentique et pédagogique… pour susciter l’attention de mon auditoire. L’idée est d’attirer l’attention par un message passionné et incarné ! » Enfin, le rythme conditionne la qualité d’improvisation. « Car, derrière le rythme se meut une formidable énergie qui permet de synchroniser, d’ordonner, de varier la cadence d’improvisation… ».

Dans le champ du management, lorsque l’exigence de performance est continue, elle finit par terrasser. L’idée maîtresse est donc de (re)donner du temps, permettre l’assimilation des messages et prendre du plaisir aux échanges et à l’émulation de l’ensemble des acteurs d’une organisation. Car, la finalité de l’improvisation n’est-elle pas de (re)devenir maître et moteur de son propre rythme, feeling et tempo de manager agile ? Et découvrir enfin « sa partition intérieure ».

En résumé : les vertus et valeurs de l’improvisation

1 – La liberté. « L’improvisation ne s’improvise pas. La liberté, c’est la faculté de choisir ses contraintes. D'où le travail préalable de cadrage de l'improvisateur. »
2 – L’exploration. « Improviser requiert l’exploration, un goût pour la curiosité. Et tout manager dispose de peu de temps pour explorer. Il est indispensable d’ouvrir de nouvelles « fenêtres » d’exploration. Le jazz s’y prête très bien. »
3 – L’intuition. « Il n’existe pas d’improvisation sans intuition. Mais il faut aller la chercher, il faut y croire et avoir confiance en soi et en son leadership ! »
4 – L’humilité. « L’humilité du manager est une valeur-clé de l’improvisation. Et cette humilité se fonde sur l’écoute de ses collaborateurs, son environnement… pour progresser. Car, l’on apprend toujours de l’improvisation. »

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Marc Prunier