Le Prêt de main d'œuvre booste les collaborateurs

Pour pallier des difficultés de recrutement et/ou de renouvellement d’équipe dans certains secteurs en tension, ou à l’inverse, pour éviter le chômage partiel (voire des licenciements) en cas de baisse d'activité, une entreprise peut avoir recours au prêt de main-d'œuvre, qui vise à mettre des salariés, dont elle reste l'employeur, à la disposition d'une autre organisation utilisatrice, pendant une durée déterminée. Quels sont les avantages et les modalités de mise en œuvre ?


En France, le prêt de main d’œuvre est strictement encadré par la législation. Il s’appuie sur une convention de mise à disposition tripartite entre une entreprise prêteuse, une entreprise utilisatrice et le salarié volontaire. Cette convention est limitée dans le temps, et vise une durée de 12 à 18 mois. « L’initiative est toujours effectuée sur la base du volontariat du collaborateur concerné, et se voit suivie de la réintégration du salarié dans son établissement d’origine.

A une exception près : lorsque l’entreprise qui accueille le salarié souhaite le recruter (avec son accord bien sûr), dans le cadre du développement de son activité, à l’issue d’une collaboration fructueuse. Ce qui peut être le cas d’une startup ou d’une PME, qui a accueilli un salarié détaché d’un grand groupe ou autre », explique Ludivine Calamel, professeur à Grenoble Ecole de Management en gestion des ressources humaines et gestion de l’innovation, par ailleurs responsable du tronc commun RH à GEM. Cette dernière est également coordinatrice du Club RH de Giant, à Grenoble.

Dynamiser les compétences

« Pour une entreprise, l’objectif du prêt de main d’œuvre est double, nuance Ludivine Calamel : une société peut se trouver en difficulté financière, et souhaiter mettre à disposition une partie de ses salariés pour réduire momentanément sa masse salariale, dans un laps de temps donné. » Dans ce premier cas, les salariés, qui sont mis à disposition d’une autre organisation, conservent leurs droits et leur contrat de travail avec l’entreprise d’origine. Second objectif, corollaire au premier : le prêt de main d’œuvre peut viser l’accroissement des compétences et de l’employabilité des collaborateurs, qui viennent enrichir leurs pratiques et leur savoir-faire.

« C’est le cas notamment lors de la mise à disposition de collaborateurs dans les laboratoires du CEA, du CNRS, de l’ILL à Grenoble, etc., à travers une convention de mise à disposition de main d’œuvre qui s’effectue entre certains membres fondateurs de Giant », souligne Ludivine Calamel. Une pratique qui est à distinguer du détachement ou « visiting », propre aux chercheurs ou aux enseignants, qui sont amenés dans le cadre de leur pratique professionnelle, à passer un mois à l’étranger ou dans un laboratoire de recherche, par exemple.

Au final, un prêt de main de main d’œuvre réussi se mesure à l’aulne des compétences nouvelles et du « sang neuf » qu’il génère à l’entreprise prêteuse. Le feedback du collaborateur en dit généralement très long sur les bénéfices acquis, pour l’apport de méthodes innovantes, de pratiques pionnières et de savoir-faire.

Les 3 points-clés du prêt de main d’œuvre.

  • Le prêt de main d’œuvre se pratique toujours sur la base du volontariat du salarié. L’essentiel est de préparer de concert, en amont, la convention de collaboration tripartite (entreprise prêteuse, collaborateur et entreprise utilisatrice).
  • Le prêt de main d’œuvre est toujours à but non lucratif pour l’entreprise prêteuse. Cette dernière facture à l’entreprise utilisatrice, pendant la mise à disposition, exclusivement les salaires versés aux salariés, les charges sociales qui y sont liées, et les frais professionnels remboursés au salarié.
  • Le prêt de main d’œuvre devrait idéalement être suivi d’un accompagnement spécifique du salarié lors de sa réintégration dans l’entreprise d’origine, afin qu’il se sente « attendu » par l’ensemble des collaborateurs (notamment dans le cadre d’un PSE – Plan de sauvegarde d’une entreprise). En effet, ce dernier peut, au vu de l’évolution de l’entreprise, ne pas retrouver le même poste que lors de son départ voici 12 à 18 mois. D’où, l’enjeu d’une réintégration suivie pour la redéfinition du poste.