Imprimante 3D : au seuil d’une révolution économique ?

Mark Esposito, enseignant-chercheur à Grenoble Ecole de Management, s’est penché sur les bouleversements économiques que l’impression 3D va créer à l’échelle mondiale.


Nous sommes au début d’une nouvelle ère avec l’impression 3D. Cette technologie, qui permet de fabriquer toute sorte de produits en superposant différents types de matériels, fait beaucoup parler d’elle. De petits objets, comme des canards en caoutchouc, à des éléments de fusées et d’avions, des maisons, des instruments de musique ou encore de la nourriture et demain des organes qui pourront être greffés, les possibilités offertes par l’impression 3D sont infinies.

Mais elles restent encore circonscrites. La réalité est qu’aujourd’hui, les pays industrialisés délocalisent leur production dans les pays émergents, comme la Chine, pour obtenir des coûts plus bas. Mais ces mêmes pays connaissent de fortes de pertes d’emplois et une réduction de la compétitivité mondiale.

Sans compter qu’ils sont de plus en plus soumis à des contraintes réglementaires ou des pressions sociétales qui leur imposent de repenser leurs stratégies sociales et environnementales.

Relocaliser l’économie

« L’impression 3D va déjà permettre aux entreprises de relocaliser leur production puisqu’elles pourront produire sur place, et pas nécessairement dans des centres urbains », explique Mark Esposito, professeur à Grenoble Ecole de Management.

Elles pourront ainsi créer des emplois et être moins dépendantes de pays où les normes et les conditions de fabrication ne correspondent pas toujours aux critères exigés à l’heure actuelle par les consommateurs en matière sociale et environnementale. « Cette situation va redéfinir les rapports de force à l’échelle mondiale et redessiner la géopolitique économique », souligne l’enseignant-chercheur.

Coller à la demande

Autre avantage de l’impression 3D : elle permet de mieux gérer les stocks puisqu’il devient possible de fabriquer la quantité de produits nécessaires à la demande exprimée. Quand la fabrication traditionnelle repose sur les faibles coûts et une production à grande échelle, l’impression 3D rend possible la production d’exemplaires uniques ou de petits tirages. Les entrepreneurs et les start-ups peuvent donc développer de nouveaux modèles d’activité à moindre coût.

Tester pour valoriser la chaîne de valeur

La meilleure façon d’intégrer l’impression 3D dans ses futurs business models est d’identifier là où la technologie pourrait intervenir dans la chaîne de valeur. « Toute la chaîne de valeur est impactée. Il faut savoir par où commencer pour ensuite tester, valider et changer petit à petit la fabrication de ses produits », insiste Mark Esposito.

Vers une « économie d’essaim »

« Nous allons assister à l’émergence de groupes de producteurs-consommateurs qui se réuniront pour répondre à leurs besoins, en proposant des idées, des concepts, des matériaux et des produits », poursuit Mark Esposito. Dans ce contexte, les dirigeants devront rassembler ces groupes dans leur écosystème pour apporter de la valeur et créer de nouvelles opportunités.

Encore coûteuse (jusqu’à 30 000 euros), les imprimantes 3D vont se démocratiser avec le temps, à l’image de ce que les imprimantes papier ont connu. Et bouleverser l’économie dans toutes ses dimensions. Aux entreprises de s’en emparer pour ne pas être dépassées.