« Crowdsourcer », oui… mais en connaissance de cause !

Le crowdsourcing est l'utilisation de l'intelligence, de la créativité et du savoir-faire d'un grand nombre de personnes – la « foule » –, simultanément sur le web. Ces consultations sont lancées, via un appel à projets ouvert sur une plateforme Internet. Ambition : enrichir sa politique d’innovation pour soutenir la mission des services marketing et développement d’une entreprise. Car, dans un contexte de concurrence exacerbée, quel que soit le secteur d’activité, le crowdsourcing se révèle être un creuset d’innovations. Zoom sur les grands écueils à éviter.

Le crowdsourcing consiste à puiser des richesses extérieures à l’entreprise pour générer des idées nouvelles. Ces projets pionniers viendront ensuite supporter l’ensemble du processus d’innovation, et y apporter la créativité et l’originalité qui peut parfois manquer.

« Trop souvent, les innovations sont incrémentales, alors qu’il faudrait une rupture sur le marché pour créer de la valeur. Cette rupture peut être induite par le crowdsourcing », explique Dr. Cédric Chaffois, auteur d’une thèse sur le crowdsourcing, achevée en 2015, en parallèle de son activité professionnelle.

Basé depuis début 2016 à Hongkong, il est actuellement directeur du développement des ventes de Carlsberg pour l’Asie.

L’enjeu d’une sensibilisation interne des équipes au crowdsourcing

« L’énorme intérêt du crowdsourcing est l’accès rapide, et à des coûts modérés, à une masse d’idées novatrices, générées par des internautes, très créatifs, alors même que les ressources allouées aux techniques de brainstorming dans les entreprises sont souvent faibles. Mais réussir une démarche de crowdsourcing requiert une volonté et une maturité vis-à-vis du processus, pondère Dr. Cédric Chaffois.

Ainsi, l’un des prérequis est d’expliquer les enjeux du crowdsourcing aux services marketing et développement de l’entreprise, afin que les acteurs concernés ne perçoivent pas la démarche comme une alternative concurrente, mais complémentaire. De même, seul l’apport de ressources humaines et financières suffisantes permet d’obtenir une finalisation élaborée. C’est ainsi qu’en 2 mois, de l’étape préliminaire du brief jusqu’à l’étape de choix des concepts à fort potentiel, un travail d’analyse des éléments émanant de la foule est incontournable.

« Clairement, la plus belle des idées « outsourcée » ne vaut rien, si la bonne traduction commerciale du concept et son développement concret ne sont pas à la hauteur. » D’où les conseils qui suivent...

Comment passer d’un « matériau brut » à une pépite ?

  • « Le binôme marque/plateforme doit interagir en amont. La manière de formuler une problématique à la foule aura un impact fondamental sur la qualité de réception des propositions. Pour s’adresser de la bonne manière à des créatifs, il faut savoir transformer un problème marketing en une question intéressante, qui éveillera la curiosité et l’envie. Le travail d’adaptation du langage et la bonne formulation de la problématique est prépondérante.
  • Mieux vaut éviter de présupposer que l’idée « brute » obtenue en quelques jours, sera du même niveau de finalisation qu’une idée conceptualisée au sein d’une agence spécialisée. Un concept, issu du crowdsourcing, n’est (quasi) jamais abouti, mais potentiellement beaucoup plus original, et donc porteur de valeur. Tout l’enjeu repose donc sur la bonne exécution, et parfois le mariage avec d’autres idées, afin d’en tirer le meilleur grâce aux ressources internes à l’entreprise.
  • Un des principaux écueils, le management de la propriété intellectuelle. Par définition, la consultation est ouverte sur Internet, et peut donner libre accès à des informations sensibles de l’entreprise. Il faut donc impérativement baliser les contours de la requête.
  • Crowdsourcer est une pratique qui demande un certain usage afin de réussir à l’optimiser. C’est là l’une des principales raisons d’être des plateformes spécialisées en crowdsourcing qui pourront apporter l’expertise nécessaire pour accélérer cette phase d’apprentissage. Et ce travail se rémunère. La taille et la qualité des équipes sollicitées feront le prix. Les coûts oscilleront ainsi selon la campagne de 5 000 à 50 000 € avec toutes les variantes intermédiaires.
  • Une foule n’est pas un échantillon représentatif de l’Insee. Des biais peuvent donc interférer dans les résultats obtenus, et un œil critique des équipes marketing et R&D sera toujours nécessaire. Mais les axes, ou les « trends » avancés représentent autant de potentiels futurs succès commerciaux, en particulier parce que la foule est faite d’anonymes, futurs consommateurs, mais aussi de professionnels de la création ou d’artistes talentueux. »

Quelques plateformes dédiées au crowdsourcing

Mathématiques et sciences

  • Innocentive (R&D, mathématiques et recherche fondamentale)
  • Ninesigma

Marketing, design, communication

  • 99 designs
  • Zooppa

Créativité, media, design      

  • Jovoto
  • Eyeka

Plateformes de marques et sites dédiés

  • ID Storm (Dell)
  • BMW future Lab
  • My starbucks idea