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11 sep 2017

Comment booster sa concentration au travail ?

comment régénérer ses ressources attentionnelles en entreprise en modifiant la nature de ses temps de pause

La nature de nos temps de pause en entreprise peut altérer, ou au contraire, démultiplier la performance globale des collaborateurs. Comment régénérer, alors, ses ressources attentionnelles ? Cyril Couffe, docteur en psychologie cognitive et neuropsychologue, chercheur associé à la Chaire « Talents de la transformation digitale » à Grenoble Ecole de Management, nous dévoile les résultats de deux études empiriques.

A la base, un constat : « L’activité cérébrale de certains réseaux en lien avec la concentration est visible lorsque l’individu ne fait rien », énonce Cyril Couffe qui a conduit, en juin dernier, deux études portant sur les facteurs de déficits de concentration dans l’environnement de travail. Sa recherche, conduite au côté de Caroline Cuny, enseignante-chercheur à GEM et docteur en psychologie cognitive, vise à élaborer un guide de bonnes pratiques portant sur la régénération des ressources attentionnelles.

Du bon usage de « l’errance mentale »

Pour en savoir plus et éviter la surchauffe mentale, consultez le Guide « Halte à la sur sollicitation numérique ! » réalisé dans le cadre de la Chaire « Talents de la Transformation digitale » 

« L’idée du réseau par défaut – le fait d’activer ce réseau en ne faisant rien –, est un processus mental parfaitement identifié dans la littérature scientifique, qui présente de nombreux aspects positifs », poursuit Cyril Couffe. La question est donc de savoir comment activer ce réseau par défaut de façon efficiente dans le cadre des pauses au travail !

 Pour ce faire, un outil de prédilection : s’autoriser une tâche « d’errance mentale », en laissant vagabonder ses pensées, ses sentiments, ses sensations… sans tenter de les « brider », à l’instar du démarrage d’un exercice de méditation. « L’errance mentale est l’inverse de l’activité cognitive habituelle, note Cyril Couffe. L’idée est bien de stopper une activité contrainte de concentration, et d’accepter de « lâcher la bride ». Objectif : lever les inhibitions. »

Un protocole strict

La première étude, réalisée par Cyril Couffe, a été conduite auprès des étudiants de GEM, et la seconde auprès d’une soixantaine de salariés en entreprise (voir encadré). A la clé, mesurer les effets positifs de l’errance mentale sur les participants.  « La première étude a été construite auprès de trois groupes témoins, auxquels il était demandé de réaliser, pendant 45 minutes, une tâche relativement complexe de gestion de planning (combinaisons d’horaires, de lieux, de tâches attitrées en fonction des individus, etc.).

Le premier groupe, appelé le « groupe contrôle », ne bénéficiait d’aucun temps de pause durant les 45 minutes de travail. Les deux autres groupes bénéficiaient d’une pause de 60 secondes, tous les quarts d’heure. A une différence près : durant cette pause, je demandais au second groupe d’écouter simplement un texte, et au troisième groupe de mémoriser précisément le contenu du texte. La concentration requise pour la mémorisation du texte supprimait de fait toute possibilité d’errance mentale », souligne Cyril Couffe.

Un score supérieur de 10 % en termes de performance

Conclusion : le troisième groupe, dont l’attention est mobilisée par la restitution du texte lors des temps de pause, est le miroir du premier groupe (groupe contrôle) :

« On constate une chute graduelle et permanente de la performance au cours des 45 minutes, confirme Cyril Couffe. Les résultats du second groupe, auquel l’errance mentale est autorisée, montre au contraire une inversion de la courbe à la fin de l’exercice ! Cela peut être expliqué par une remontée des capacités attentionnelles ou même un maintien de sa concentration pendant plus longtemps. Au total, ce second groupe enregistre même un score supérieur de 10 % par rapport aux deux autres groupes. »

Par extension, l’étude démontre donc que les temps de pause au travail qui consistent à lire ses mails, prendre connaissance de ses SMS, échanger sur un autre dossier… n’offrent pas cette récupération globale car ils ne permettent pas d’errance mentale.

Quid des résultats en entreprise ?

La seconde étude, conduite auprès d’une soixantaine de salariés de diverses entreprises de toutes tailles, travaillant en open space, comportait une première session de 45 minutes, sans aucune pause, avec la réalisation d’un travail habituel : suivi de mails, échanges entre collaborateurs… La seconde session de 45 minutes comportait quant à elle deux pauses de 60 secondes tous les quarts d’heure, avec la reprise des mêmes extraits audio durant les temps de pause, sans restitution du texte.

A l’issue était réalisé un test neuropsychologique permettant d’appréhender les capacités d’attention. « Ce test est un bon baromètre de la concentration. Les pauses de 2 X 60 secondes ont démontré une nette différence d’attention au travail entre les deux groupes de salariés. L’errance mentale est donc une technique que l’on peut mettre en pratique spontanément, facilement et qui montre des résultats fiables. Elle permet en effet d’observer une très nette différence non seulement sur ses capacités attentionnelles, mais aussi en termes de gain d’énergie, de disponibilité, et lève par ailleurs les blocages mentaux dans l’accomplissement de tâches complexes au travail », conclut Cyril Couffe.

Contacts
Caroline Cuny

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